TRIBUNE - Le défi du nucléaire n’est plus seulement technologique : il est humain
Dans une tribune publiée par L’Essentiel de l’Éco, Séverine Gelin, Directrice Gi Group & Gi Life Sciences France, et Alexandra Bugnon-Murys, experte du secteur nucléaire, défendent une idée forte : la relance du nucléaire français dépend d’abord de la capacité de la filière à attirer et former les talents, et non plus de la technologie. Prolongation du parc existant, nouveaux réacteurs, investissements massifs : les ambitions sont là, mais elles ne pourront se concrétiser qu’avec les compétences pour concevoir, construire, maintenir et exploiter ces installations sur plusieurs décennies.
Les chiffres clés illustrent l’ampleur du défi :
- Plus de 250 000 emplois directs et indirects dans la filière nucléaire en France.
- 100 000 nouveaux professionnels à recruter d’ici 2035, principalement sur des métiers techniques.
- 20 métiers particulièrement en tension, selon le programme MATCH du GIFEN, dont techniciens de maintenance, soudeurs, ingénieurs sûreté et spécialistes du contrôle-commande.
Les autrices identifient un premier levier : les femmes, un vivier encore insuffisamment mobilisé. Les entreprises ouvrent leurs postes techniques, mais les candidatures féminines progressent lentement, freinées dès l’orientation scolaire par des représentations datées de l’industrie. Elles appellent donc à former plus, plus tôt et autrement : faire intervenir des professionnels dans les collèges et lycées, valoriser l’alternance, les BTS et les BUT, et accompagner les reconversions. Parce que les formations sont longues et les exigences réglementaires élevées, le nucléaire ne peut pas recruter dans l’urgence. La gestion prévisionnelle des compétences devient ainsi un facteur stratégique.
Enfin, la tribune invite à changer le récit autour du nucléaire. Loin d’un univers fermé, la filière forme un véritable écosystème de métiers, porteur de sens et de perspectives d’évolution. Faire évoluer les représentations ne peut pas reposer sur les seules directions RH : c’est un effort collectif entre entreprises, écoles, collectivités et pouvoirs publics, au service de la souveraineté énergétique du pays.
La France dispose des technologies, des industriels et d’une ambition clairement affichée pour relancer le nucléaire. Le facteur décisif sera désormais la capacité de toute une filière à attirer les compétences dont elle a besoin. Cela suppose d’élargir le vivier de recrutement, de mieux faire connaître ces métiers et de convaincre davantage de jeunes, notamment de jeunes femmes, qu’ils ont toute leur place dans cette aventure industrielle.
Extrait de la tribune